Ces dernières années, Mohammed ARKOUN (1928-2010) compte parmi les auteurs qui ont profondément marqué, dans le monde entier, l'étude islamique contemporaine. Il est aussi sans doute, l'une des figures emblématiques de la philosophie arabe et l'un des derniers piliers de la tradition des dialogues interreligieux, islamo-judéo-chrétiens. Ses œuvres écrites en français, en arabe et en anglais ont été traduites en d'innombrables langues. Dans ce qui suit, je propose plutôt une présentation conceptuelle permettant de mieux comprendre ce qu'il appelle l’« islamologie
appliquée », en quoi consiste sa méthodologie et propositions (historique, linguistique, sémiotique, anthropologique, psycho-sociologique) pour la critique de la raison islamique : Le « fait coranique et le fait islamique », le « Corpus officiel clos » « l'impensé, l'impensable et le pensable », la subversion dans la pensée : « Déplacement, Dépassement et transgression » et la « raison émergente »... etc.
La fécondité de sa pratique se vérifie dans l'examen de la situation complexe des sociétés islamiques actuelle : c'est parce que la mytho-histoire se conjugue au mytho-idéologique, qu'une autre donnée triadique a vu le jour : la tradition devient un refuge, un repère et un tremplin : (1) - elle devient refuge pour les laissés pour compte, les marginaux et les exclus dans le monde. (2) - elle est devenue aussi le repère pour les radicaux, les contestataires et les révoltés. Enfin, (3) - elle s'est métamorphosée en tremplin pour les « gestionnaires du sacré » et utilisée à des fins mercantiles, de notoriétés charismatiques ou politiques... etc.
Telle est bien la puissance de la pensée critique d'Arkoun, qui a consacré la conjonction jamais achevée de plusieurs disciplines dans l'analyse de la pensée islamique, dont il a contribué à démonter les mécanismes délétères.