May Ziade
Dans une société entièrement sclérosée. Au bord de deux gouffres, celui de l'archaïsme et celui d'une modernité difficile à assumer. Sans trop penser, May choisit la deuxième voie et fait face à une machine moyenâgeuse qui ne génère que des pratiques rétrogrades. Ce n'est pas pour rien que l'écriture est devenue pour May un tout, une échappatoire, mais aussi une raison de vie et d'exister pleinement. Elle le dit d'une excellente manière : Nous commençons d’écrire non seulement pour remplir les pages, mais pour revivre des sentiments avant même de les avoir écrits. Ce courage, nous ne le tenons pas de celles qui nous ont précédées, mais de nous-mêmes, cherchant à révéler l’âme de la femme dans ce qu’elle écrit d’elle-même, non dans ce que les hommes ont écrit d’elle. Même si May Ziadé (1886-1941) était, sur le plan des idées, en avance par rapport à sa société, elle demeure le reflet parfait d’une passion féminine de liberté inassouvie, à réinventer en permanence, en dépit des efforts fournis durant des années, et des batailles féminines menées sans relâche. Depuis que May a posé les premiers jalons de la question féminine, le monde arabe n’a malheureusement, pas trop changé ; il a même reculé si on se remémore les avancées et les efforts de Said Zaghloul, Qacem Amine, Ali Abderrazeq et d’autres. Les mêmes situations et les mêmes maux, de la fin du 19ème siècle, reviennent avec force aujourd’hui comme si le travail des pionniers n’avait eu aucun impact sur la société. Chassez le naturel, il revient au galop. Les questions fondamentales sont toujours présentes : quel projet de société, pour quelle femme de demain ? dans un monde complexe, avec ses obsessions, ses guerres et ses modernités, européennes ou anglo-saxonnes, très mal assumées dans un monde arabe victime de ses certitudes religieuses et autres. C’est dans ce grand vacarme de changements et de bouleversements, que May s’est retrouvée en plein tourbillon.