Qu’est-ce qui invite
aujourd’hui à consacrer un livre à la problématique de l’Etat ? Cette question
trouve sûrement une réponse plausible dans les mutations que le monde connaît
actuellement. Elles sont tellement diverses qu’elles ont bousculé de façon profonde
les dispositifs d’organisation sociale, politique, économique et
administrative. Par conséquent, ce sont les missions assignés à l’Etat et son
prestige qui s’en trouvent remis en cause. Son rôle de stratège et de
régulateur tend, en effet, à être de plus en plus réduit face à de nouveaux
concurrents sur lesquels il n’a pas de prise : la société civile, les
organismes internationaux, les empires financiers, les géants des nouvelles
technologiques, les groupements transnationaux, etc.
Cependant, l’enjeu de ce
livre n’est pas de dresser un constat d’échec du modèle étatique. Ce serait mal
comprendre ce qui en fait l’essence : à savoir sa propre capacité de
transformation et de résilience. Ce qui est visé ici est plutôt autre et par
de-là toute obédience à un quelconque doxa. En ce sens qu’il ne s’agit pas de
montrer l’existence d’une crise de l’Etat, car ce serait en quelque sorte
enfoncer une porte ouverte, mais de mettre en exergue certaines de ses faces
cachées : celles qui font qu’il continue encore d’occuper une place plus
ou moins saisissante dans les esprits et les consciences nationales. De là
s’explique l’intérêt accordé aux différentes théories qui se sont interrogées
sur l’Etat, ses constituants, ses attributs et ses prérogatives. A partir de leurs
sources, l’analyse a privilégié une approche plurielle et à géométrie variable,
focalisant les points d’articulation et de rupture épistémiques à différentes
époques cristallisées. Notre objectif dans cette perspective était de permettre
une meilleure compréhension : à la fois les nouvelles réalités auxquelles
l’Etat est confronté, et la trajectoire du futur qu’il tend d’épouser.