Burhan Ghalioun
Ce voyage dans la sociologie politique de l'un des plus éminents représentant de la théorie critique se fait en deux temps. D'un côté, Burhan Ghalioun analyse, le long de son oeuvre, le « malaise arabe » et en critique la « modernité trahie ». Il s'attarde sur leurs itinéraires d'ensemble, les parcours traversés, la complexité même de leur interaction, aux fins d'en extirper les tenants, les aboutissants ainsi que les effets. De l'autre, il procède à une critique des discours (les mots du pouvoir et le pouvoir des mots) qui ont marqué le champ politique depuis l'avènement des « printemps arabes » en 2011, que ceux-ci soient d'obédience nationaliste, islamiste, panarabiste ou encore socialiste.
En ces temps de dépolitisation et de culturalisation, où l'on voit aussi prévaloir totalitarisme et intégrisme religieux, les sociétés arabes sont de plus en plus confrontées au défi du pluralisme et à l'expression de revendications politiques, religieuses, culturelles ou encore ethniques. Pour relever ce défi, la voie démocratique est la seule, aux yeux de Burhan Ghalioun. Il n'y a qu'elle qui nous permettrait de construire un monde commun, bâti avec les efforts de tout un chacun, et à même d'apaiser les conflits, les tensions et les violences.
En remontant aux sources du pouvoir politique arabe, en revenants sur les traits saillants qui ont accompagné l'histoire de la construction de l'Etat arabe moderne, en s'intéressant au fossé qui sépare les élites et les masses (et qui aboutit à la marginalisation des populations), Burhan Ghalioun procède à une remise en question radicale du bilan du « Printemps arabe ». Régimes autocratiques, économies rentières... pour lui, la présence étatique serait vécue subjectivement dans sa dimension répressive, d'où sa dénonciation de ses pratiques injustes et népotiques. Pour Ghalioun, l'étude de la modernité politique arabe n'a pas qu'un intérêt historique et théorique ; elle est aussi de nature à éclairer la situation actuelle et à inspirer des pratiques qui peuvent sortir le monde arabo-musulman de ses graves crise et léthargie actuelles.
Burhan Ghalioun reste lucide sur les limites et sur l'asymétrie des forces qui sont engagées de par le monde, à échelles nationales comme internationales. La question centrale qui préoccupe sa pensée ne perd pas pour autant de sa pertinence : à défaut de pouvoir transformer ou changer ce monde délabré et en déconfiture, il conviendrait de lui administrer un remède, en le décloisonnant, en remettant en cause ses certitudes intellectuelles, en les secouant autant que possible.